-Il ne devait pas mourir, suffoquai-je en pleur telle une enfant, le visage plongé entre le cou et l'épaule du vainqueur.
Tandis que je laissai les larmes inondées mes joues, un tapage dans l'escalier nous interpela.
Pierrick se détacha de mon emprise, il courut s'emparer du corps inanimé qui reposait contre mon mur. Il s'évada en une seconde par le trou béant de la fenêtre démontée. En observant les mains pendues qui gisaient dans son dos, une réflexion soudaine m'immobilisa : " n'était-il pas immortel?"
Je relevai le menton, il s'envolait, sa proie maintenues entre ses bras. Je la détaillai au loin, jusqu'à son menton ; ce dernier se redressa, Jack ouvrit grand ses yeux, nettement brillant dans la pénombre. Je reculai, la main au c½ur.
-Pierrick, soufflai-je la voix étouffée ; Moi, je ne risquai plus rien.
La porte de bois grinça brutalement. Je ne me retournai pas, je ne savais que trop ce qu'on allait attendre de moi : une explication, une cause à tant de boucan, une raison à mon visage rougit et irrité par la douleur. Cette douleur proche de la mort, loin de l'éternité. Cette mort, image du mal que l'on fuit toute notre vie, cette indécision face à ce qui nous accueille ensuite. Je restai figée, centrée en cette nuit suffisamment claire pour deviner que, là bas, derrière les arbres, la Fin ne l'avait pas saisit et qu'une suite à un combat se déroulait. Elle se déroulait à quelques mètres d'ici mais, malgré cette luminosité étoilée, je n'avais que peu de vie pour la percevoir. J'aurai perdurée ainsi jusqu'au lever du soleil, seulement une main lourde se posa sur mon épaule.
-Amande?
La sonorité était également pesante. En plus du poids qu'elle m'imposait, elle semblait m'absorber, comme si elle me décontenançait.
-Amande.
Je pivotai légèrement sur le coté, découvrant l'allure sévère et à la fois inquiète et satisfaite de Tomas. Il chercha mon visage ; je l'évitai vivement, l'esprit encore paralysé par ce qui venait de se produire. Les images défilaient, repassant le film fraichement clos. J'en arrivai au brusque cou fatal porté par Pierrick lorsque mon oncle saisit mon bras avec violence.
-Qui étais-ce?!
Sa question était brutale et agressive. Je relevai le menton, le toisant, accusatrice, il lisait en moi... mais, je n'avais plus l'énergie suffisante pour lutter contre mes propres pensés. Il n'avait pas le droit d'y pénétrer ; il le faisait quand même & je ne pouvais désormais plus le tromper. Mes seuls sanglots pitoyables mêlé à la rage de l'incompréhension troublaient mes idées. Il plissa les sourcils et resserra les paupières, luttant pour mieux traduire. Je le détestai à ce moment précis. Je le haïssais pour violer ma liberté, l'unique et la plus certaine de toutes. A cet instant, je n'étais qu'une proie, prisonnière de son emprise immatérielle. Il m'aurait enfermé dans une cage, je me serai sentie plus libre.
Je le détestai, lui pour ses mensonges, elle, sa femme, pour la même raison! Par leur faute, la mort était devenue la menace permanente de mes journées! Par leurs fautes, mes maux ne faisaient que croîtrent! Je les accusai en cette heure! Mais de quoi?!
-Amande! S'exclama-t-il, secouant sa tête de gauche à droite comme pour en extraire quelque chose.
Je continuai à penser, de plus en plus fort... Qu'avais-je fais pour mériter ça?! Oui! Ici j'avais trouvé une raison de vivre, j'avais découvert le plaisir d'aimer, j'avais trouvé les quelques épaules sur lesquelles pleurer! "Dis-moi! Dis-moi! Pourquoi? Pourquoi moi?!" Pourquoi j'étais cette fille que la menace funeste réveillait la nuit?! Pourquoi je ne pouvais vivre normalement?! Normalement comme cette notion de banale et d'ordinaire dans laquelle j'étais, par tous les moyens, exclue?! Sois j'étais invisible, sois je me mêlai à l'absurde! Immortel?! Ce mot ne devait pas exister... Immortel?! Je rêvai ! Je rêvai ! Je rêvai ! " REVEILLEZ MOI!" hurlai-je intérieurement à m'en crever les tympans.
Ce cri inaudible força Tomas à reculer et à maintenir son crâne entre ses doigts. Il se frottait les cheveux avec ardeur, sa peau rougit jusqu'à saigner. Il se mordit la lèvre, découvrant deux canines saillantes. Je crus qu'il allait parler car un son faible et articulé passa à travers son expression douloureuse. Je l'observai, à demi extérieur à mon propre corps, prise d'une extrême indifférence. Je ne réagis pas, même lorsqu'il s'accroupi de souffrance, à mes pieds... Il me suppliait.
La douce lumière qui tamisait la pièce contrastait pleinement avec l'ambiance qui y régnait.
Rien n'avait encore été dis, personne n'avait encore bougé mais le mal qui s'était imposé semblait presque physique. Cette douleur, née de l'intérieur, nous broyait d'abords le c½ur avant de s'en prendre à cette enveloppe dérisoire que forme notre corps.